Elvia Wilk – Oval

Il n’y aura pas de transition écologique

La dernière habitante d’un éco-quartier expérimental prend la mesure de l’échec :

« Elle fut choquée de trouver l’autre maison encore plus envahie que la sienne. Aucune fenêtre n’avait survécu à l’attaque du lierre qui s’emparait de la façade. Les murs semblaient se décomposer encore plus rapidement, à une vitesse surnaturelle. Anja s’approcha des lieux, jusqu’alors habités par un couple danois et leur chien clandestin, pour en franchir prudemment le seuil. La porte, presque sortie de ses gonds sous l’effet de la putréfaction, s’inclinait atrocement, tel un membre fracturé.

Les restes d’un intérieur meublé avec un goût visible pour le design se désagrégeaient sous ses yeux. Deux grands fauteuils Soriana faisaient la moue de chaque côté d’une table en verre posée sur une structure métallique complexe. Un lustre en forme de vasque était tombé du plafond, sans pour autant se briser, et sa longue chaîne dorée s’était enroulée sur le verre. Une grande bibliothèque faisait montre d’un savoir coûteux, désormais putride ; une vitrine en bois de teck, remplie de vinyles, menaçait de s’écrouler ; un tapis fait main foisonnait de champignons.

Pas de lumière. Mais le cellier était plein : conserves de légumes, sardines en boîte, huîtres fumées, pâté, farine, sucre. Une odeur âcre émanait du frigidaire, dont les jointures étaient couvertes de moisissures orange. Elle découvrit une réserve de bouteilles d’eau cachées sous l’évier. Cela la fit sourire. Ils n’avaient pas été les seuls à tricher, avec Louis. Elle ouvrit un bocal hermétique rempli de biscuits et en mangea trois, plaçant chacun d’entre eux tout entier dans sa bouche pour les imbiber de salive avant de les mâcher. »

Ma traduction du chapitre complet est disponible dans le numéro zéro de la revue Habitante.

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