Ellen Willis – « Aimer le punk en féministe »

A fucking bloody mess.

« En écoutant les Sex Pistols pour essayer de voir si « Bodies » était vraiment une chanson contre l’avortement, je découvris que c’était bien pire. C’était l’expression explosive du dégoût pour la corporalité humaine, un dégoût que le chanteur déverse sur les femmes parce qu’elles enfantent et que les avortements sont « a fucking bloody mess » (un « putain de bordel de merde », le sang en prime), mais qui finit par l’éclabousser lui-même : « I’m not an animal ! », beugle-t-il inutilement alors que l’animalité de ses cris le trahit. C’était une chanson scandaleuse, mais je ne pouvais pas me contenter de m’en offusquer. L’intensité de ce dégoût me forçait à reconnaître que ce sentiment ne m’était pas étranger alors même que, contrairement à Johnny Rotten, je comprenais que l’ennemi n’était pas le corps, mais le dégoût. Voilà quel était le paradoxe : une musique agressive et osée, qui montrait ce que le chanteur voulait, aimait ou détestait (comme avec le bon rock’n’roll), me poussait à faire de même et, partant, même quand le contenu attaquait les femmes, la sexualité et en un sens l’humanité-même, la forme nourrissait ma lutte pour la libération. »

L’intégralité de l’article est disponible dans le onzième numéro de la revue Audimat, ainsi que sur Cairn.

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